Une Bretagne à cinq départements, est-ce le bon projet ? Questions & réponses.

Publié dans Pourquoi B5 ?

D’aucun s’interrogent sur le bienfondé du projet d’une Bretagne à cinq départements comparé au projet de fusion Bretagne/ Pays de Loire. Ils participent ainsi légitimement au débat démocratique. Nous tentons ci-dessous d’apporter des réponses brèves et factuelles à leurs questions.

QUESTIONS

1 – Quels sont les atouts majeurs d’une Bretagne à cinq départements ?

2 – La Bretagne à cinq départements, qui en veut vraiment ?

3 – Le passé c’est important, mais ne doit-on pas plutôt faire des régions pour l’avenir ?

4 – Pour dessiner des régions adaptées à la compétition mondiale, l’économie ne doit-elle pas  primer sur l’identité ?

5 – N’y a-t-il pas un égoïsme breton à vouloir réintégrer la Loire-Atlantique sans  se soucier du destin des autres départements des Pays de Loire ?

6 – La Bretagne dans ses limites historiques n’est-elle pas la porte ouverte au « repli identitaire » et à l’escalade des revendications autonomistes à l’instar de la Catalogne ou de l’Ecosse ?

7 – La Bretagne à cinq départements est-elle dimensionnée pour affronter le monde de demain ?

8 – Finalement, que craint de perdre la Bretagne en fusionnant avec les Pays de Loire ?

9 – La région des Pays de Loire fonctionne bien, même si elle ne s’appuie pas sur une forte identité. Elle affiche le taux de chômage le plus faible de France avec la Bretagne, Rhône Alpe et l’Ile de France (environ 8,6%). Elle résiste assez bien à la crise. Au nom de quoi devrait-on la découper alors que son assemblée régionale refuse ce démembrement ?

10 – Comment demander l’avis des habitants de Loire-Atlantique sans demander l’avis des autres départements ?

11 – En cas de référendum, quelle question poser ?

12 – Il y a beaucoup de relations historiques entre Nantes et la Vendée ou Nantes et le Maine et Loire, entre les pôles de compétitivité, les universités, les hôpitaux, la logistique… Les deux régions ont appris à travailler ensemble. N’est-ce pas artificiel et dangereux  de redessiner  une frontière autour des cinq départements bretons ?

13 – Le droit d’option pour un département sera-t-il possible, alors que le gouvernement a posé comme préalable qu’il était inenvisageable?

14 – Si Nantes rejoint la Bretagne, n’y aurait-il pas un véritable mur à l’Est de la Bretagne, constitué par la grande métropole Rennes-Nantes. L’isolement du Finistère ne risque-t-il pas de se renforcer ?

15 – Quelle sera la capitale régionale si Nantes rejoint la Bretagne, ne va-t-on pas réveiller de vieilles rivalités et désunir au lieu d’unir ?

RÉPONSES

1 – Quels sont les atouts majeurs d’une Bretagne à cinq départements ?

  • La maritimité de la Bretagne pleinement exprimée : Ports et commerce international (rôle potentiellement structurant de Nantes-Saint-Nazaire. Aujourd’hui les entreprises bretonnes, y compris nantaises, exportent au départ du Havre !), construction navale, énergies marines, tourisme, santé, filière algues… et leadership naturel sur les régions de l’Arc-Atlantique
  • L’agrolimentaire. Première Région européenne.
  • Le rayonnement et l’attractivité : une Bretagne connue et reconnue dans le monde entier pour le dynamisme de son économie et pour son identité. Une marque forte.
  • Les six pôles d’excellence : Pôle Mer, Valorial (agro), Image et réseau (NTIC), Atlanpôle Biothérapie (biotech et santé), EMC2 (matériaux complexes), ID4 Car (automobile). Les grandes écoles et universités qui les accompagnent.
  • L’identité et le sentiment d’appartenance : source de solidarité, d’enthousiasme partagé, d’envie de travailler sur le territoire et de le développer, d’investissement démocratique, d’innovation collaborative, de dynamisme culturel.

2 – La Bretagne à cinq départements, qui en veut vraiment ?

  • Avant tout la population concernée (en Bretagne administrative et en Loire Atlantique). Invariablement entre 60 et 70% d’opinions favorables dans les sondages. (77% sur B4 et 70% sur le 44 lors du sondage le plus récent, publié le 3 07 2014)
  • Le Conseil Régional de Bretagne, de nombreuses personnalités politiques de droite et de gauche, Jean-Yves Le Drian, Pierrick Massiot, Jean-Michel le Boulanger, Jean-Jacques Urvoas, Marc Le Fur, Bernadette Malgorn, François Goulard, Christian Troadec, Paul Molac, l’UDB, le Parti Breton, les Bonnets Rouges, les Verts…
  • Dans la sphère économique : le réseau Produit en Bretagne qui œuvre depuis 21 ans sur les cinq départements (100 000 salariés), la Chambre régionale de Commerce et d’Industrie de Bretagne, les géographes de Bretagne, Bretagne Prospective, la Chambre des notaires, les avocats bretons…
  • La sphère associative et culturelle : Bretagne Réunie, 44=BZH, les associations culturelles et sportives : Kevre Breizh fédère 50 000 adhérents sur les 5 départements,  BAS, Dizale, l’Institut Culturel de Bretagne, un collectif de 300 artistes …
  • Des personnalités, acteurs économiques, auteurs, artistes. La liste est longue. Citons à titre d’exemple Patrick Le Lay, Christian Guillemot, Irène Frain, Alan Stivell, Yann Queffelec…

3 – Le passé c’est important, mais ne doit-on pas plutôt faire des régions pour l’avenir ?

  • Le passé est important ET il faut faire des régions pour l’avenir. C’est l’objectif d’une Bretagne unie. Opposer les deux objectifs ne repose sur aucune réalité. En Europe, on observe que les régions économiquement fortes, celles qui ont une véritable ouverture internationale sont aussi souvent des régions qui s’appuient sur une identité forte et vivante. La Catalogne, l’Ecosse, le Pays de Galles jouissent d’une audience internationale qui est le legs chaque jour revisité d’une longue histoire partagée.
  • L’histoire n’est pas une fin en soi, c’est un tremplin.

4 – Pour dessiner des régions adaptées à la compétition mondiale, l’économie ne doit-elle pas  primer sur l’identité ?

  • L’identité est une valeur très recherchée. Les pays de Loire dépensent chaque année 14 millions d’Euro pour tenter de se doter d’une identité. La Bretagne a la chance de disposer gratuitement d’une identité forte et reconnue.
  • La marque Bretagne est un levier économique. Elle est connue internationalement et une image de confiance et de savoir-faire lui est attachée. Les 4000 produits et services signés Produit en Bretagne en font l’expérience chaque jour en Bretagne et hors Bretagne. Le sel de Guérande est appelé Celtic salt aux Etats-Unis. Le secteur du tourisme se nourrit d’identité. Ce pourquoi le tourisme en Loire-Atlantique a fait le choix de la Bretagne. La prochaine extension .bzh permettra du reste aux acteurs du tourisme (hôtels…)  d’échapper à la main-mise des tout puissants organismes de référencements et de reprendre la main.
  • L’identité n’est pas le seul levier. Certains territoires n’ont pas la chance de disposer de ce capital immatériel collectif qu’est l’identité. Ils construiront donc leur développement sur d’autres facteurs clés de succès : une situation géographique, des ressources naturelles, la haute maîtrise d’un métier… En Bretagne, à l’identité s’ajoute une situation géographique d’exception : 20% du trafic mondial de marchandises passe le long de nos côtes.

5 – N’y a-t-il pas un égoïsme breton à vouloir réintégrer la Loire-Atlantique sans  se soucier du destin des autres départements des Pays de Loire ?

  • La Bretagne à cinq départements s’inscrit dans un projet régional plus vaste autour de trois régions cohérentes, dont le nom a d’ores et déjà une résonance internationale : la Normandie réunie, la Bretagne réunie et la région Val de Loire qui rassemble la région Centre et les départements des Pays de Loire (hors Loire-Atlantique). Pour la Normandie, c’est fait. Pour le Val de Loire, classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, les élus locaux l’appellent de leurs vœux et refusent l’agglomérat Poitou-Charente-Limousin-Centre.

6 – La Bretagne dans ses limites historiques n’est-elle pas la porte ouverte au « repli identitaire » et à l’escalade des revendications autonomistes à l’instar de la Catalogne ou de l’Ecosse ?

  • En Catalogne, 70% de la population revendique son identité catalane par opposition à l’identité espagnole. Les écossais ne se sentent pas anglais. En Bretagne la situation est bien différente. Quand ils sont sondés sur leur sentiment d’appartenance (TMO 2014 pour BCD), c’est la réponse « je me sens autant français que breton » qui domine très largement. Cette double appartenance identitaire, à laquelle s’ajoute la conscience européenne, est aujourd’hui assumée et apaisée, selon les termes de Jean-Michel Le Boulanger, Vice-Président du Conseil Régional de Bretagne en charge de la culture, dans son ouvrage « être breton ? »
  • Une application raisonnable du principe de subsidiarité et l’avènement en France de régions adultes en matière de compétences et de budget, dotées d’un pouvoir d’adaptation règlementaire, comme le prévoit le projet présidentiel,  est la meilleure réponse à cette inquiétude. A l’inverse, la privation de démocratie, la privation d’identité et la privation de destin portent en germe la menace d’une radicalisation.
  • Les bretons se montrent par ailleurs des républicains fidèles et loyaux. L’économie souterraine y est la plus faible de France (3% pour une moyenne française de 14%). En matière de Sécurité Sociale les dépenses y sont inférieures de 25 % à la moyenne nationale.
  • Une récente étude (TMO 2014, pour BCD)) réfute toute tendance au repli identitaire dans la population bretonne. 61% des français voient dans la mondialisation une menace, pour seulement 37% des bretons. 66% des français trouvent qu’il y a trop d’étrangers en France, tandis que 21% des bretons considèrent qu’il y a trop d’étrangers en Bretagne. 60% des bretons pensent que l’on peut être à la fois breton et musulman, alors que ce chiffre est de 37% en France.

7 – La Bretagne à cinq départements est-elle dimensionnée pour affronter le monde de demain ?

  • La Bretagne à 5 départements est plus peuplée que 8 des Etats Européens et 11 des 16 länders allemands. Le discours sur la dimension est un leurre qui détourne l’attention du véritable enjeu : la cohérence, les compétences et le budget. Sur ce point, nos régions sont dans un rapport moyen de un à dix avec leurs voisines européennes.

8 – Finalement, que craint de perdre la Bretagne en fusionnant avec les Pays de Loire ?

  • Une dilution d’image et d’identité qui serait un gaspillage économique.
  • Une région à deux vitesses,  difficilement gérable, pour moitié tournée vers un destin continental et pour moitié vers la mer. Les intérêts du Mans et de Brest sont divergents.
  • Une population désinvestie qui se désintéresse de la vie du territoire. Un appauvrissement consécutif des comportements démocratiques qui profitera aux extrêmes.
  • Une population qui ne sait plus dire nous et perd les facteurs positifs liés au sentiment d’appartenance : solidarité, enthousiasme partagé, envie de vivre sur le territoire et de contribuer à le développer, engagement démocratique, innovation collaborative, dynamisme culturel …

9 – La région des Pays de Loire fonctionne bien, même si elle ne s’appuie pas sur une forte identité. Elle affiche le taux de chômage le plus faible de France avec la Bretagne, Rhône Alpe et l’Ile de France (environ 8,6%). Elle résiste assez bien à la crise. Au nom de quoi devrait-on la découper alors que son assemblée régionale refuse ce démembrement ?

  • La recomposition des territoires du Grand-Ouest en trois régions cohérentes : Normandie, Bretagne Val de Loire, est une réponse raisonnable à la question posée. Le seul département qui bouge est la Loire-Atlantique pour assurer la bonne cohérence de l’ensemble.
  • Entre un découpage qui ampute une région qui a partagé plus de 1100 ans d’histoire, et un découpage qui ampute une région crée artificiellement en 1941, lequel est le plus légitime ? La population de Loire-Atlantique et du reste de la Bretagne demande inlassablement la réunification alors que La population des Pays-de-Loire n’est pas prête à descendre dans la rue pour une région qui n’a pas d’identité malgré d’importantes dépenses en communications (14 Millions par an). Le premier Vice-Président à l’Economie de la Région Pays de Loire, déclare publiquement  accueillir ses invités en région par un triomphal « Bien venu dans une région qui n’existe pas ! » (sic)
  • La Grande Distribution est un des miroirs de la société. L’enseigne U par exemple,  a créé une marque U de Bretagne, U d’Alsace… mais dans les Pays-de-Loire, c’est le grand découpage : U de Vendée, U de Loire-Atlantique, U d’Anjou et à l’Etude U de Sarthe… une marque U des Pays-de-Loire est tout simplement inimaginable.

10 – Comment demander l’avis des habitants de Loire-Atlantique sans demander l’avis des autres départements ?

  • Il faut en effet demander l’avis des populations qui le souhaitent, au niveau des départements. Le droit d’option nous semble être le minimum démocratique exigible. Il n’est pas réservé à la Loire-Atlantique.

11 – En cas de référendum, quelle question poser ?

  • La question sera probablement adaptée à chaque cas. Pour ce qui concerne la Loire-Atlantique, la question pourrait porter sur la préférence entre les différentes options. Préférez-vous : 1- le Statu quo, 2-La fusion de la Bretagne avec les Pays de Loire (ou la région Val de Loire), 3-la réunification de la Bretagne et de la Loire-Atlantique

12 – Il y a beaucoup de relations historiques entre Nantes et la Vendée ou Nantes et le Maine et Loire, entre les pôles de compétitivité, les universités, les hôpitaux, la logistique… Les deux régions ont appris à travailler ensemble. N’est-ce pas artificiel et dangereux  de redessiner  une frontière autour des cinq départements bretons ?

  • Cette question importante porte sur l’organisation de l’interrégionalité, et plus généralement sur le principe de subsidiarité qui permet d’appréhender la dimension territoriale la mieux adaptée à chaque type de projet. Quel sens faut-il donner à la notion de limite territoriale ?
  • Une limite territoriale n’est pas une frontière. Les flux entre régions fortes sont appelés à se développer à mesure de la croissance économique de ces régions. L’économie engendre l’échange. Les régions fortes dans le monde sont des régions qui génèrent des flux. Les frontières sont des passages.
  • Un projet logistique structurant (aéroport international, plateforme multimodale, ligne TGV…) se conçoit souvent à l’échelle de plusieurs régions. La coopération intellectuelle dépasse également souvent les frontières régionales (université, recherche…). D’autres projets se traitent à l’échelon d’un bassin de vie (transport scolaire…), à l’échelle d’une métropole (lignes de métro, tramway…). L’Arc Atlantique est un projet interrégional et international. Airbus s’est traité à l’échelle européenne… La région n’est donc pas un espace fermé, mais un territoire cohérent ouvert aux coopérations.

13 – Le droit d’option pour un département sera-t-il possible, alors que le gouvernement a posé comme préalable qu’il était inenvisageable?

  • Le gouvernement a manifesté sa réticence vis-à-vis du droit d’option. Ce droit accorde à un département qui le demande la possibilité de changer de région. Toutefois, il appartient au parlement d’en débattre. Refuser ce droit serait un déni de démocratie et bloquerait le processus conduisant à une refonte régionale cohérente et désirée.

14 – Si Nantes rejoint la Bretagne, n’y aurait-il pas un véritable mur à l’Est de la Bretagne, constitué par la grande métropole Rennes-Nantes. L’isolement du Finistère ne risque-t-il pas de se renforcer ?

  • Cette inquiétude est fondée si les futures régions ne sont pas dotées des moyens d’assumer leur rôle de région stratège, organisatrice du territoire. Elles seules sont en effet en mesure de réguler la métropolisation de façon harmonieuse. C’est particulièrement important en Bretagne, qui présente la particularité d’un maillage de villes moyennes. Seule une région forte pourra réduire la fracture est-ouest.
  • Une Région Bretagne-Pays-de-Loire, par son étalement et son orientation continentale (Le Mans, c’est déjà la banlieue parisienne) accentuerait encore le risque de marginalisation du Finistère.

15 – Quelle sera la capitale régionale si Nantes rejoint la Bretagne, ne va-t-on pas réveiller de vieilles rivalités et désunir au lieu d’unir ?

  • Cette préoccupation n’est pas bretonne. Nantes et Rennes sont complémentaires et ont désormais l’habitude de coopérer. Nous voulons en Bretagne une gouvernance équilibrée, une capitale en réseau qui irrigue le territoire: le parlement et les services administratifs à Rennes, l’International et les services économiques à Nantes, la mer à Brest, le tourisme à Lorient, l’agriculture à Quimper, Les langues de Bretagne à Carhaix… le projet d’Assemblée de Bretagne prévoit aussi des conseils de pays qui garantiront une logique de proximité pour les projets de proximité.