La Bretagne à cinq pour demain

Publié dans Artistes et personnalités, Best of, Ils construisent la Bretagne

Quand, en 1970, Morvan Lebesque écrit son fameux ouvrage « Comment peut-on être breton ? Essai sur la démocratie française », il théorise les enjeux de la Bretagne nantaise, revendique le droit d’être breton à Nantes, s’inscrit dans une veine littéraire qui ne cesse depuis de s’amplifier.

Certes, dès 1947, Joseph Martray dans son ouvrage « Le problème breton et la réforme de la France » (paru aux éditions de Bretagne … à La Baule) évoquait le sujet. De même, on a sur le sujet des prises de position très fermes de plusieurs universitaires travaillant sur le sujet (Michel Phlipponneau par exemple). Un ouvrage intéressant et militant de Yann Poupinot paraît aussi en 1972 : « Le sentiment d’appartenance breton en Loire-Atlantique » (éd. Kendalc’h, La Baule).

Morvan Lebesque

Toutefois, de cette date à la fin des années 1980, il existe peu d’argumentaires sur les bienfaits de l’unité bretonne. Si la totalité des universitaires travaillent évidemment sur l’ensemble de la Bretagne (les historiens, les démographes, les géographes, les naturalistes, les sociologues etc.), il existe sur cette période assez peu d’ouvrages traitant directement de cet enjeu, si ce n’est celui d’Yves Lainé  « Europe, rends-nous la mer ! » (1976) qui évoque quelque peu le sujet. Renaud Dulong, dans son ouvrage « La question bretonne » (1975) en parle aussi très brièvement. A noter aussi l’ouvrage de Michel Nicolas « Emsav. Histoire du mouvement breton », paru en 1982.

Il faut donc attendre en 1988 l’ouvrage de Pierre-Yves Le Rhun « Bretagne et Grand Ouest » (éd. Skol Vreizh) pour que cette question de la réunification soit directement traitée, clairement évoquée et remise sur la table. Bien sûr, on avait ici et là quelques articles, tracts, diverses manifestations, déclarations, etc. De même, délaissant ces « découpages » administratifs incohérents et inodores, les universitaires continuaient et continuent à travailler simplement la Bretagne. L’ouvrage de P.-Y. Le Rhun, qui a été président du Comité pour l’Unité Administrative de la Bretagne, est alors en cette année 1988 un tournant car il dresse pour la première fois un argumentaire scientifique sur la pertinence d’une Bretagne fonctionnant cinq sur cinq. Dès lors, les publications sur ce thème progressent, sans être nombreuses. Citons, entre autres l’ouvrage, de J. Guiffan et de D. Guyvarc’h : « Nantes et la Bretagne : 1 500 ans d’histoire commune » paru aux éditions Skol Vreizh en 1996 ; celui de Joseph Martray et de Jean Ollivro : « La Bretagne réunifiée. Une véritable région européenne ouverte sur le monde » paru en 2002 aux éditions « Les Portes du Large ».

Le tournant actuel réside dans l’accélération des publications ne parlant plus seulement du pays mais exigeant, argumentaires à l’appui, que l’on résolve ce problème. Les bénéfices suscités par la « réunification de la Bretagne » deviennent l’objet d’une convergence accélérée des opinions. On assiste aujourd’hui à une réelle « théorisation » de cet enjeu breton  avec des convergences de vue mariant les universitaires, les personnalités et groupements économiques (les prises de position très claires de Produit en Bretagne par exemple), les écologistes et sociologues, le monde politique ou juridique, la société civile. On assiste donc à l’émergence d’une force nouvelle, martelant les mêmes constats et partageant l’essentiel des idées. Sur ce sujet, parmi d’autres publications récentes, on peut citer l’ouvrage du juriste Yvon Ollivier « La désunion française » (2012), celui de Jean Ollivro « L’unité bretonne. Construisons-là ensemble » (2014). Celui du politique Daniel Cueff « La Bretagne, un horizon démocratique pour notre République (2014), celui des géographes de Bretagne dirigé par Yves Lebahy « Réunifier la Bretagne », etc.

Le point aujourd’hui frappant procède donc de cette revendication élargie, partagée et de plus en plus affichée de façon pluridisciplinaire. On peut ajouter à ces faits les revendications permanentes des milieux culturels, l’inscription déjà de multiples institutions dans un cadre « B5 » (le droit par exemple, qui s’exerce depuis l’origine sur l’ensemble de la Bretagne). La pluralité aussi des associations, structures, sites (le .bzh, le moteur de recherche Gwenood, les sites d’inforrmation…) fonctionnant déjà sur les cinq départements. On aurait pu évoquer la présence d’appels « Pour la Bretagne toute entière » comme celui du 10 février 2009 au restaurant Le Divellec à Paris qui unissait toutes les forces politiques, économiques et sociales du pays. On pourrait évoquer aussi la participation pour lors renforcée dans les manifs pro « B5 » (au moins 30 000 personnes en 2014), les initiatives de Dibab, les liens actuellement qui se renforcent au plan économique entre Nantes-Saint-Nazaire et le reste de la Bretagne pour la mer et les T.I.C, le rôle des écologistes bretons qui ont toujours fonctionné « B.5 », la présence surtout d’une Bretagne qui se construit pour de simples raisons de pertinence économique.

N’en jetons plus. La Bretagne est à cinq et le sera toujours. Le point intéressant est que de plus en plus d’intellectuels et d’universitaires venant d’horizons divers nous le confirment. C’est comme un agglomérat, une force et concrétion qui écrit la personnalité évidente d’un territoire pertinent et gagnant pour demain.

Le Comité de Rédaction de construirelabretagne.org