Le « plan » Etat-Région : un manque de souffle !

Publié dans Le monde politique

Une route, un TGV ! Le budget du contrat de plan Etat-Région sur la période 2015-2020 manque pour le moins d’inspiration (Ouest-France du 12 mai). En tout, 1,3 milliard d’Euros sur 6 ans. Toutefois, la poursuite des travaux de la très onéreuse LGV Le Mans-Rennes et la réalisation de quelques tronçons à 2 x 2 voies sur la RN 164 vont engloutir plus de la moitié de l’ensemble, soit 681 millions d’Euros.

La Bretagne est en panne d’idées. Elle croît encore qu’il suffit de créer des infrastructures de transport pour connaître le développement. Or, il n’en est rien. Si le « transport » est parfois nécessaire, on sait scientifiquement qu’il est loin d’être suffisant. Depuis les années 1970, de nombreux chercheurs (F. Plassard, J.-M. Offner…) ont dénoncé chez les élus ce « mythe du développement automatique ». Certaines autoroutes réalisées dans le massif Central auraient renforcé l’exode et permis en quelque sorte aux jeunes de partir plus vite. De même, par exemple en Picardie, les gares TGV « du désert » n’ont pas du tout entraîné l’essor escompté. Si des réalisations sont utiles, « tout dépend des stratégies d’accompagnement » (l’attractivité du territoire, son image, l’animation économique endogène etc.). Or, sur ce sujet, ce contrat de plan Etat-Région laisse pantois. 117 millions d’Euros seulement pour l’ensemble de l’animation territoriale (les projets dans les différents pays bretons, l’équipement numérique, le soutien à l’emploi…). 103 millions d’Euros pour la transition et l’autonomie énergétique alors que l’on va par ailleurs, avec d’autres leviers financiers, trouver 450 millions d’Euros pour le projet contesté de centrale à gaz à Landivisiau qui va accroître le déficit énergétique ! Où est dans ces projets la mer ? Où est le développement endogène de la Bretagne ? La création de valeurs permettant à nos citoyens de s’en sortir ?

Travaux_LGV

On marche sur la tête avec des stratégies dépassées et hors-sol, destinées surtout aux riches (plus de 3,3 milliards en tout pour gagner 36 minutes entre Rennes et Paris) et des conceptions de développement obsolètes. L’on sait aujourd’hui que l’essor territorial passe bien plus par la réalisation de projets concrets libérant « la nouvelle économie des territoires », voire l’économie par les territoires. Mais l’équipe en place a été élue sur ces projets et il est légitime qu’elle les réalise. Le problème n’est pas d’étiquette politique (le plan de relance Fillon » de 15 milliards tablait essentiellement sur les infrastructures). Le souci, bien plus profond, réside dans les conceptions même de ce que l’on appelle le développement.

Le Comité de Rédaction